The Party

the-party-1968

Une agréable replongée, ce soir, dans un film que j’ai vu durant mon enfance et que, pour un tas de raisons variées, je n’avais pas revu depuis : « The Party » (1968) de Blake Edwards, avec le fantastique Peter Sellers.
Les films de Blake Edwards étaient très souvent rediffusés à la télévision dans les années 70-80, particulièrement la série des « Panthère Rose ». Des comédies sans prétention, mais réalisées avec beaucoup de soin, par un réalisateur populaire et néanmoins exigeant sur le plan cinématographique. Ses films disparurent progressivement du petit écran, trop joyeux, trop hédonistes pour la triste fin de siècle qui s’annonçait. La mort par overdose de Peter Sellers en 1980 a aussi beaucoup choqué des deux côtés de la Manche. L’acteur avait alors la dimension et la renommée d’un Louis de Funès britannique. Sa mort révélant qu’une partie non négligeable de son talent était due à une consommation hallucinante de cocaïne a été perçue comme une sorte de trahison, à une époque où la drogue était encore un sujet tabou, dont on jugeait qu’il ne concernait que des personnes aux mœurs dépravées.
De tous ses nombreux films, « The Party » est l’un des rares qui est encore l’objet d’un culte frénétique, particulièrement en France, ce qui peut se comprendre, car c’est un film calqué sur le cinéma de Jacques Tati. Peter Sellers y joue une sorte de Monsieur Hulot indien, figurant blacklisté pour avoir détruit par maladresse n château servant de décor au film qu’il tournait, et dont le nom se retrouve par erreur sur une liste d’invitations à une soirée privée dans la luxueuse villa du producteur du film dont il s’est fait éjecter.
Personnage lunaire, infantile, quasiment autiste, Hrundi V. Bakshi atterrit avec toute sa candeur d’oriental dans une soirée guindée hollywoodienne entre comédiens hautains, réalisateurs puants et producteurs véreux, une soirée où il se retrouve à la fois mal à l’aise et désireux de plaire, méprisé et redouté, et où le stress l’amènera à multiplier les gaffes les plus catastrophiques, avec l’aide involontaire d’un serveur qui s’obstine à boire les verres que ses invités refusent, et qui, ivre mort, contribuera dans un premier temps à gâcher la soirée, avant que celle-ci ne trouve, dans son chaotique déraillement, une joie nouvelle, féroce, juvénile et explosive.
Derrière la ficelle un peu facile du bon sauvage lâché dans les conventions cyniques occidentales, il y a une critique acerbe d’un milieu cinématographique sclérosé, obtus, tellement perdu dans ses codes antédiluviens, que la plupart des gaffes de Bakshi passent inaperçues auprès des invités, lesquels sont là pour se montrer mais qui ne regardent rien ni personne autour d’eux.
Pris au piège du labyrinthe impitoyable d’une soirée mondaine aux conversations stéréotypées, dans laquelle trouver des toilettes de libre est un parcours du combattant, Bakshi erre comme un misérable d’une pièce à une autre, et croise une jeune actrice française, ramenée par un producteur salace, un peu mal à l’aise elle aussi, et qui se sent fondre pour cet étranger si touchant dans sa maladresse. S’ensuit l’ébauche d’une romance qui nous sort de l’univers de Jacques Tati, lequel n’est pas particulièrement romantique.
Le film évolue lentement mais sûrement vers une évocation burlesque de cette nouvelle génération du « flower power », tellement plus gaie, tellement plus heureuse que ceux qui l’ont enfantée, et dont Bakshi, comme un symbole de la passion qu’avait George Harrison pour la musique de Ravi Shankar, apparaît comme un catalyseur aux yeux de tous les invités, qui finalement plongeront dans la grande fête de ce qui allait être la Parenthèse Enchantée, et dont nous serions bien en peine aujourd’hui de retrouver la formule magique.
Cette « party » au départ fort ennuyeuse est au final la métaphore de la vie elle-même, où chacun n’est pas forcément à sa place, et où l’on se fait longtemps mépriser et éviter avant de trouver le juste ton, la juste attitude, qui fait qu’on s’y sent enfin chez soi, à l’abri des mauvais regards et des conventions stupides. La vie n’est jamais que ce que l’on en fait, et qu’importe si ça en dérange d’autres…
Pour tout cela, « The Party », demeure plus de 50 ans après sa réalisation, un film terriblement envoûtant qui nous emmène bien au-delà de la simple comédie, et qui a fixé sur la pellicule l’incroyable appétit de vivre d’une époque exaltante, immortalisée par la ballade douce-amère « Nothing To Lose », chantée par la délicieuse Claudine Longet, éphémère chanteuse française de la fin des années 60, et dont la pureté juvénile, portée par les notes d’Henry Mancini, est un baume pour toutes les plaies…
Elle interprète une chanson à double sens, qui suggère, l’air de rien, le contraire de ce qu’elle affirme, tandis que Bakshi lutte désespérément contre son besoin désespéré d’uriner…
Tout cela pour dire que non, ce n’est définitivement pas sage de se retenir, et qu’il n’y a même rien de plus sot, au fond, que de se contraindre aux frustrations et aux devoirs. Inutile de préciser que cela fait du bien d’entendre ça aujourd’hui, du haut de nos appartements claquemurés dans des tours de béton…

Nothing to lose If we are wise
We’re not expecting rainbow-colored skies

Not right away…

Mais un jour, peut-être…

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