Affaire Matzneff, Acte V

merlin_170715690_fe186694-1c19-426b-9a7e-ed7bc62f1462-superJumboJeune et belle, elle est amoureuse…

https://www.nouvelobs.com/les-chroniques-de-pierre-jourde/20200121.OBS23773/une-ou-deux-reflexions-sur-l-affaire-matzneff-par-pierre-jourde.html

Ci-dessus, le seul article intelligent qu’on lira ces jours-ci au sujet de Gabriel Matzneff.
On se souviendra pour la postérité de l’acharnement hallucinant perpétré sur un vieillard qui n’a pas dû faire beaucoup de mal depuis près d’un quart de siècle.
On se souviendra que, comme pour Polanski et Jeffrey Epstein, il n’y a tellement rien à reprocher à des vieux libertins dont on veut obstinément faire des prédateurs, que l’on fait des « appels à témoins » pour essayer de faire jaillir du néant toutes ces victimes imaginaires. Cela aurait sans doute plus de succès si on ajoutait la mention « Mythomanes bienvenues (si vous êtes en panne d’inspiration, pas d’inquiétude, on vous dira quoi raconter) ».
De même, on se souviendra que la Justice n’avait apparemment rien de mieux à faire que de perquisitionner chez Gallimard et au domicile de l’auteur à la recherche de « manuscrits non publiés », ignorant que 80% des « manuscrits » de Matzneff consistent en son journal intime qu’il a bien entendu amené avec lui en Italie. Il faut être con, quand même, pour faire une enquête sur Matzneff et ne même pas savoir ça…
Et de planifier d’ores et déjà un procès en 2021 pour « apologie de la pédophilie » a un écrivain qui traite de ces rapports personnels et exclusifs avec ce sujet depuis plus d’un demi-siècle. (Quel dommage que les affaires de Nicolas Sarkozy ne lui vaillent pas un traitement aussi diligent !)
Mais là aussi, il faut quand même lire Matzneff pour se rendre compte qu’il n’y pas « d’apologie » de quoi que ce soit, vu que l’auteur – et c’est bien la seule chose qu’on puisse lui reprocher – ne parle que de lui, et n’incite personne à l’imiter. En ce sens, comme le souligne Pierre Jourde, il s’inscrit effectivement dans la droite lignée d’hommes de lettres ayant mis en littérature leur amour débridé de la chair fraîche – mineure mais pas toujours enfantine : André Gide, bien sûr, mais aussi Pierre Loti, Jean Genêt, Marcel Proust, Oscar Wilde, Sainte-Beuve et bien d’autres… Autant de grands écrivains qu’on se garde bien d’accuser d’avoir utilisé leurs expériences pour alimenter leurs œuvres littéraires, d’autant plus que certaines peuvent être plus fantasmées que réalistes et que, nonobstant les perquisitions diverses et variées, rien de ce qui est dans un manuscrit n’est réellement à charge contre son auteur.
Encore une fois, on confond sempiternellement les mots « immoral » et « illégal » : Gabriel Matzneff est un écrivain parfaitement immoral, mais il n’a jamais rien fait d’illégal. On peut toujours lui reprocher d’aimer les moins de 16 ans, le seuil légal de maturité sexuelle en France n’en est pas moins de 15 ans, ce qui rentre partiellement dans les goûts de l’auteur. Mais ce que l’on sait moins, c’est que même lorsqu’il s’agit de fillettes de moins de quinze ans, l’inculpation pour « détournement de mineur » ne peut se faire qu’à la demande des parents de la jeune fille, et ne peut aboutir que s’il est prouvé que son amant plus âgé cherche à l’éloigner de ses parents ou de la soustraire à leur autorité – toujours effective jusqu’à la majorité de la demoiselle. C’est cela, en fait, qu’on appelle « détournement », ce n’est pas l’acte sexuel en lui-même.
Enfin, le plus problémaique chez Matzneff, ce sont ses escapades aux Philippines où, pour le coup, il s’est laissé aller à des rapports tarifés authentiquement pédophiles. C’est ce qui est le plus pervers et le moins défendable chez lui, et néanmoins, ce n’est pas réellement illégal, car la pédophilie, du moins à cette époque, n’était pas interdite aux Philippines. Et même en tant que ressortissant français, Gabriel Matzneff ne peut être poursuivi pour des actes qui ne relèvent pas de la légalité française quand ils se déroulent sur un territoire obéissant à d’autres lois. C’est la même clémence dont bénéficie l’ancien Ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, qui ne cache plus ses goûts pour les très jeunes prostitués marocains. Mis à part la délation à peine voilée effectuée il y a quelques années par Luc Ferry sur un plateau de télévision, Frédéric Mitterrand ne peut faire l’objet d’aucune poursuite, d’autant plus que le Maroc est une monarchie, et ne saurait se plier aux lois de la République, même dans l’optique d’une entente diplomatique.
Ceci pour dire que l’on peut interminablement soutenir que Gabriel Matzneff est un individu malsain – et on n’aura certainement pas tort, mais il n’est pas illégal d’être malsain, et l’homme a été assez habile pour bien connaître lui aussi les lois, et je doute fort qu’il ait jamais fait quoi que ce soit de répréhensible sur le territoire français. C’est cela – et rien d’autre – qui a fait qu’il a pu mener sa carrière si longtemps…
Ce n’est pas à l’époque que l’on était engourdi, c’est aujourd’hui que l’on est paranoïaque, borderline et répressif.
D’ailleurs, on pouvait se dire que Vanessa Springora semble être la seule conquête de l’écrivain qui estime en avoir été victime sur plus d’un demi-siècle de carrière, mais voil-t’il pas que sa prédécesseuse, Francesca Gee, s’y met aussi, à présent que c’est un vieux boudin aigri. Néanmoins, cela témoigne beaucoup plus en faveur de mythomanies (MeToomane) isolées, que sur le très éventuel caractère prédateur de Matzneff, dont ce n’est absolument pas le tempérament.
Le pire dans tout cela, c’est que cet acharnement à se tenir au chevet de prétendues victimes à l’imagination débordante et à la mauvaise foi prononcée va ramener la question du viol et de l’abus sexuel à son point de départ, c’est-à-dire à l’incrédulité générale. Moi-même, d’ailleurs, je ne croirai plus une femme qui me dit qu’elle a été violée ou abusée « sous emprise ». C’est devenu tellement commun, tellement pratique pour faire parler de soi sur les réseaux sociaux, et pour faire fermer leurs bouches aux autres quand on n’a aucun argument.
Tout le monde il est traumatisé, tout le monde il est sous emprise, tout le monde il s’est fait violer dans sa jeunesse, tout le monde il vient juste de s’en rappeler, tout le monde il a un livre-cri à vendre, rédigé par un nègre littéraire, 20€ la pièce pour avoir tous les détails sordides…

merlin_170350206_726d1a6e-7da0-42ab-9bb1-d27207afe40a-superJumboVieille et moche, elle se dit qu’il y a peut-être de l’argent à se faire…

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