Le Message

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Je me rends compte que je vis dans une autre dimension…
Ne riez pas, c’est très sérieux !
Là où je vis, quand je sors, il y a toujours des dizaines de personnes dans la rue, qui ont l’air de se promener ou de dériver sans avoir l’air pressées de rentrer chez eux.
De temps à autres, une voiture de police passe dans la rue, mais les agents ne disent rien à personne. Il faudrait déjà qu’ils descendent de leur voiture, et ils n’ont pas l’air très motivés.
Les commerces de proximité et les pharmacies voisines ont tous installé à leurs comptoirs une sorte de paravent en plexiglas ou en nylon transparent, un paravent qui évidemment ne va pas jusqu’au plafond et qui laisse un accès libre au niveau de la moitié du corps, histoire que l’argent change de main à cet endroit précis. On en déduit que le virus ne peut absolument pas passer par là…
Les employés ont des masques et des gants. pas les clients. Dans la rue, personne n’a de gants. Quelques personnes isolées portent un masque. Quelques unes le mettent en dessous du nez pour pouvoir respirer plus facilement.
Près d’un parc de livraison, deux clochards originaires d’un pays de l’Est, vu le sabir qu’ils parlent, vident des bouteilles en rigolant grassement, et ce tous les soirs, jusqu’à 22h/23h. Avant de s’en aller, ils vont uriner contre le rideau de fer du parc de livraison. Le portail est toujours ouvert…
À 20h, du côté de chez moi, il n’y a pas un seul applaudissement qui résonne dans le quartier. Et pourtant l’Hôpital Bichât n’est pas très loin…
Samedi, porte Montmartre, le marché aux Puces sera fermé, mais je sais déjà que les vendeurs à la sauvette seront tous là, une bonne centaine avec presque autant de clients à la sauvette, entassés sous le pont du boulevard périphérique, étalant sur le trottoir ce qu’ils auront déniché en fouillant dans les poubelles pendant la nuit.
Pendant la nuit ?
Oui, bien sûr, pendant la nuit…
À la télévision, sur les réseaux sociaux, sur les chaînes d’infos, tout le monde relaye des choses, des initiatives, des conseils, qui ne sont absolument pas applicables dans ma dimension parallèle. C’est très perturbant.
Par exemple, des personnalités, des commentateurs, des politiques, des acteurs, des chanteurs, tous plus antipathiques les uns que les autres, car narcissiquement imbus de leurs rôles sentencieux, répètent à longueur de journée qu’il faut rester chez soi, confinés, que les gens qui sortent n’ont pas conscience du danger…
Eux non plus n’ont pas conscience que pour certains, rester chez soi, ça revient à se laisser mourir. Il leur faut obligatoirement sortir pour se faire un peu d’argent afin de pouvoir acheter à manger. Alors s’il faut mourir, autant que ce soit en prenant le frais…
Tout autour de ce même boulevard périphérique, il y a des gens qui vivent dans des bidonvilles, principalement sur la voie ferrée désaffectée de l’ancien train de la petite ceinture. C’est un peu en dénivelé, ça ne gâche pas le panorama des résidents autour, ça ne nuit donc pas à l’immobilier. Donc, on les laisse là.
Il y a sur ces voies des centaines de misérables qui vivent dans des cabanes hâtivement bricolées avec des planches de contreplaqué. Le confinement pour eux, c’est un peu une idée abstraite…
Tout comme le sont tous ces conseils, toutes ces offres spéciales de streaming pour les gens qui s’ennuient chez eux à ne rien faire… Tiens, le prochain clochard que je vois couché sur un trottoir à dormir sur son vomi, chiche que je lui dis : « Eh, mec rentre vite chez toi, Marc Dorcel est gratuit pendant tout le confinement ! ».
Non, non, ils n’ont vraiment pas conscience du danger… Par définition, les gens qui tiennent à la vie ont toujours du mal à comprendre ceux qui n’y tiennent pas ou ceux qui n’ont plus que ça…
Moi, je ne me plains pas, remarquez… J’ai un appartement de 100m² rempli de bouquins, de CD, de DVD. Le confinement, c’est ma philosophie de vie, à la base…
Alors forcément, samedi, quand je me baladais Porte Montmartre, et que j’ai vu ce vieil Arabe à terre, chacune de ses béquilles éparpillées dans des sens contraires, j’ai accéléré le pas, instinctivement, ce n’était même pas réfléchi. C’est alors que l’ami un peu chétif qui essayait de le relever s’est avancé vers moi et m’a crié :
M’sieur, s’il vous plait, il fait un malaise, appelez l’hôpital !
J’ai répondu :
Je n’ai pas de téléphone sur moi.
J’ai même pas eu honte de mentir; vous auriez répondu la même chose. J’ai juste ajouté, et c’était un vrai bon conseil :
Bichât est juste à côté, amenez-le directement aux urgences,sinon ça leur prendra plus d’une demi-heure au moins pour envoyer une ambulance.
Mais, m’sieur, faut que vous m’aidiez, je pourrais pas le porter tout seul jusque là-bas !
Je regardai le vieil homme qui ne bougeait presque plus, la main gauche posée sur le front, et je répondis à son compère ou son fils, ou son petit-fils :
Il le faudra bien, pourtant, vous n’avez pas le choix.
Et j’ai continué mon chemin.
Avoir conscience du danger, c’est ça. Et voyez, ça n’est vraiment pas beau et on se sent minable, même si nous non plus, nous n’avons pas le choix. C’est pour ça que beaucoup de gens n’ont pas envie d’avoir conscience du danger, et ça peut se comprendre.
Pourtant, ce soir, aux informations, j’ai vu mon Président de la République, le mien à moi pour lequel j’ai voté en 2017, dire à son tour sur un ton risible d’instituteur contrarié :
« Quand je vois des gens qui vont au parc, qui se rassemblent, qui vont à la plage ou qui se ruent sur les marchés ouverts, c’est qu’ils n’ont pas compris le message. »
Sémantiquement, c’est incorrect de dire ça. C’est en effet la fonction première d’un message de ne pas être compris par tout le monde, sinon ce ne serait pas un message.
Tenez, monsieur le Président, en voici un de message qui tourne depuis presque 40 ans aux Etats-Unis, et aucun gouvernement ne l’a jamais compris. Je vous le mets en version sous-titrée française pour plus de confort.
Enfin, je conclurai par : « I’m sorry but we know the rules. Nobody has to provoke nobody, ok ? We keep calm. We had a wonderful walk, you did a great job in the city, I do appreciate », comme disait je ne sais plus qui en janvier dernier lors de sa visite à la basilique Sainte-Anne, à Jérusalem.

https://www.youtube.com/watch?v=53c4MzaX1Ic

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