Confinement

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Ah, il y a bien caché au fond de moi, sous des décennies de souvenirs d’homme arrivé, un tout petit garçon qui se dit : « Plus d’école jusqu’à nouvel ordre, quel pied, quelle joie, quelle utopie ! J’en ai tellement rêvé ! »
Il y a quelque chose de frustrant à ce que cela arrive maintenant, alors que j’en suis parti depuis si longtemps, et que je n’ai pas d’enfants moi-même sur le visage desquels lire cette joie inconsciente d’échapper à l’aliénation scolaire qui fut si longtemps la mienne. Car pour être un intellectuel et un homme de lettres, je n’en ai pas moins haï profondément cette école qui m’a gâché les plus belles heures de mon enfance. A part lire, écrire et compter, on n’y apprend pas grand chose de très utile, sinon à devenir hostile aux autres et à croire à des mensonges historiques.
De plus, d’après ce que j’ai crû comprendre, les générations qui m’ont suivi n’ont que très imparfaitement appris à lire et à écrire. Si même le basique ne passe plus…
Je me suis beaucoup ennuyé, beaucoup écharpé avec des professeurs stupides et mégalomanes, j’ai fini par en être éjecté en conseil de discipline. J’ai passé mon bac en candidat libre et je l’ai eu. J’ai entamé quelques études sans beaucoup d’intérêt, et une fois que je les ai terminées, j’ai enfin pu commencer à me cultiver.
Ceci dit, cette crise du coronavirus commence à devenir intéressante, car petit à petit, elle nous déconnecte socialement de tout, même de l’économie, même des rapports humains. On va tous se retrouver seuls chez nous, et on sera bien obligés, à un moment donné ou à un autre, de faire le point, de porter sur nos existences un regard vierge de tout contexte, un regard dessillé et prolongé dont on va peut-être tirer de brusques prises de conscience. L’An 01 de Gébé et Doillon sera-t-il l’An 020 ? Ce serait chouette, c’est bien improbable mais ça serait chouette…
Une cure de misanthropie… Quoi de mieux pour réapprendre à se prendre en charge ? Quoi de mieux pour reprendre le contrôle de sa vie ? Quoi de mieux pour se déshabituer de la promiscuité toxique des autres ?
Nous tiendrons.
Nous tiendrons séparément.
Vive la République ! Vive la France !

Un week-end copieux et pluvieux, pluvieux que moi pour tout dire, m’attend ces prochains jours, car limiter mes déplacements au strict nécessaire, ce n’est pas trop mon genre…
En effet, je résiste victorieusement jusqu’ici au masque en papier (dont je n’ai pas encore compris comment éviter qu’il ne sature mes lunettes de buée), au gel hydro-alcoolique (qui empeste le nettoyant sol chimique à la javel et brûle presque autant la peau) et même à cette étrange coutume à laquelle on nous invite et qui consisterait à éternuer dans son coude, sans doute parce que c’est du dernier chic de se promener avec un pull dont les manches sont couvertes de morve (laquelle me semble largement aussi contagieuse à cet endroit-là qu’ailleurs), ou afin de faire baisser les actions de la marque Kleenex.
Je résiste même à ces tutoriels incessants, et même quasiment obscènes à force d’être incessants, qui prétendent m’enseigner comment faire pour me laver les mains. Sans blague ? Frotter avec du savon ? J’y aurais jamais pensé tout seul, dis donc…
Tout ça évidemment est de plus prodigieusement inutile, puisque pour attraper le coronavirus, il vous suffit de parler à un contaminé qui s’ignore, et qui balance ses microbes dans votre direction – microbes qui sont d’une si petite taille que vous vous doutez bien que ce n’est pas un bout de papier qui va les arrêter -, et une fois que vous les aurez inhalés, ça sera bien la peine de vous frotter les mains pendant une heure…
Malheureusement, il n’y a qu’une seule façon de se préserver du virus – du moins en attendant qu’on mette au point un vaccin -, c’est tout bonnement de l’attraper, afin que notre organisme fabrique des anticorps customisés. Evidemment, le but du jeu, c’est d’en choper un pas trop méchant, qui vous donne une petite fièvre et une toux discrète, pendant une petite dizaine de jours maximum, et puis voilà !
De toute façon, ce virus est là pour un bon moment, et tant que vous ne l’aurez pas attrapé, vous vivrez sous une perpétuelle épée de Damoclès. Alors laissez-vous faire, et ne luttez pas contre l’inéluctable !
Bref, ceci étant dit, des circonstances diverses m’obligent ce week-end à retrouver temporairement une vie sociale dans différents événements, et je suis donc obligé de me montrer « coronavirus-friendly ». Je vous dirai d’ici 14 jours si ça valait le coup, ou si je me suis montré, une fois de plus, d’une insolente et goguenarde désinvolture, à vous dégoûter de vous comporter en citoyen modèle.
Je vous laisse avec, comme illustration musicale, ô combien délicate pour les oreilles et pour les yeux, un extrait du pénultième album des Lovelyz, que j’affectionne tout particulièrement. Morceau de circonstances vu le temps qu’il fait ici, « Rain » est une délicieuse ballade jazz, mélancolique et mortifère. J’espère qu’on la jouera à mon enterrement.

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