À L’Aube Du Prépucecule [ Poisson Solo & Dorian Brumerive ]

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Nouvelle folie musicale et visuelle signée par mon comparse en terrorisme musical, Poisson Solo, et par moi-même. Voici une chanson qui semble plus engagée qu’elle n’est vraiment, et qui démontre, une fois de plus, que la variation sur un thème peut donner des résultats inattendus.
À la base de ce titre, il y an un simple jeu de mots qui m’est venu en tête à un moment de lecture peu concentrée, entre les mots « prépuce » et « crépuscule ». De là, j’imaginais que l’on pourrait nommer « prépucecule » l’âge où la virilité masculine s’étiole longuement, et où surviennent les premiers troubles de l’érection.
J’ai soumis ce simple jeu de mots à Poisson Solo, qui en est friand. Il l’a apprécié, tout en s’interrogeant à la fois sur la possibilité de faire une chanson autour des pannes sexuelles liées à l’âge, et sur le genre d’images qu’on y joindrait pour faire un clip. Je me suis donc attelé à ces deux problèmes.
Lorsque nous avons échangé ces quelques idées via une messagerie, Poisson Solo se trouvait à l’autre bout de la France, dans un  restaurant où passait en fond un  morceau de salsa. Et spontanément, il m’écrit :
– Si on faisait une salsa ?
Une salsa sur les troubles de l’érection ? Indéniablement, on serait les premiers à faire un truc pareil. Donc il fallait le faire.
Néanmoins, les merveilleux progrès de l’électronique ne suffisent pas à transformer en salseros deux vieux briscards de la new-wave qui ont surtout l’expérience des basses ronronnantes et des programmations électroniques glacées. Bien que YouTube ne manque pas de fort attrayants et efficaces tutoriels en rythmes latinos, il est difficile, même avec des samples, d’arriver à la transe particulière des véritables percussions latines. Poisson Solo s’est donc contenté de créer des couplets avec des successions de samples tirés de différentes banques sonores. Pour le refrain, il avait en tête quelque chose de plus pop, avec l’envie très arbitraire d’y joindre un sample de sitar indien.
Pendant qu’il goupillait tout cela, moi, de mon côté, j’écrivais le texte sans autre indication musicale que le fait que le morceau serait une salsa. En écoutant quelques classiques du genre, je notais que les vers y sont généralement assez courts. Je penchais donc pour un couplet constitué de deux quatrains de neuf pieds. Ce choix arbitraire s’st imposé à moi par le premiers vers qui m’est venu en tête : « J’étais grand, je deviens minuscule », et dont j’ai su dès le départ que j’en ferai l’attaque du refrain, puisque c’est un vers qui résume l’entièreté du problème.
Le sujet étant trivial, j’avais à cœur de le présenter de la manière la plus métaphorique possible, sans aucun terme crû, et dans l’ignorance où j’étais encore du style de mélodie que Poisson Solo imaginait dans son coin, je rédigeais des paroles au final assez neutres, que l’on pouvait prendre autant à la rigolade qu’au sérieux. Le difficile exercice fut de signer les deux refrains uniquement avec des rimes en « cule », tout en évitant bien entendu la grossièreté la plus évidente qui vient en tête. Pour la première fois, j’avoue avoir travaillé partiellement avec un dictionnaire de rimes que j’ai chez moi et que je n’avais jamais eu l’occasion d’utiliser. D’une certaine manière, uniformiser le refrain avec cette rime unique me semblait être un moyen de faire basculer le texte vers une interprétation plus humoristique. Les premières ébauches musicales que Poisson Solo m’envoya en mp3 me semblèrent suffisamment poppy pour que l’interprétation humoristique l’emporte. J’en profitais pour rajouter quelques jeux de mots (« l’étant dard » et le « Tampax », notamment) et je prévoyais initialement d’ajouter en toute fin de morceau un extrait lointain des premières strophes de « La Tour, prend garde ! ». Mon idée était plus de trouver un vieil enregistrement de 45 tours craquant bien, et qu’on entendrait indistinctement, comme d’une pièce à côté. Bien que charmé par l’idée, Poisson Solo a préféré prendre une version chantée par Bourvil en l’incorporant le plus possible à la chanson, de manière à ce que l’on sente le moins possible la transition. Pour aider à cela, il a légèrement doublé la voix de Bourvil par la sienne et renforcé la basse de manière à harmoniser la tonalité de l’extrait sonore avec celle de la chanson. Que de travail pour accoucher du chef d’oeuvre ci après ! 🙂

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Bien entendu, nous nous sommes bien amusés à faire le clip. C’est moi qui me suis intégralement chargé de rechercher les images utilisées ici et où se trouvent pèle-mêle des vraies et des fausses publicités anglo-saxonnes pour le Viagra, des extraits de reportages médicaux américains et australiens trouvés sur YouTube, un reportage sur les fêtes dionysiaques en Grèce, et pour la dernière séquence, quelques extraits de dessins animés pornographiques des années 70 dont je possède des copies numériques, l’un du dessinateur Siné, dont on reconnaîtra la patte, les autres étant d’obscurs cartoons parodiques allemands.
On pourra nous reprocher d’avoir traité un problème médical avec la légèreté de deux hommes mûrs n’ayant pas ce type de problèmes, ce qui effectivement est parfaitement le cas. Mais plus que de la détresse de personnes touchées, nous avons surtout voulu nous moquer de la manière dont ces détresses sont mises en scène de manière narcissique et nombriliste, car même lorsqu’une érection est en berne, il y a, ma foi, bien des choses à faire dans un lit quand la femme que l’on désire s’y trouve, tant le plaisir qu’on ne peut pas prendre ne dispense pas de celui que l’on peut donner. Il y a bien des raisons justifiées pour lesquelles on peut avoir une érection défaillante, mais il n’y en a aucune qui vous oblige à rester assis au bord du lit en vous lamentant sur votre sort.
Nous avons donc avant tout voulu nous moquer d’un culte égoïste et très immature de la virilité chez des hommes qui la perçoive d’une façon bien trop identitaire. Comme on le voit dans ces différents extraits, le plaisir sexuel est ici peu évoqué et il n’est véritablement question que de se sentir un homme ou pas, ce qui est un sentiment d’autant plus dérisoire que ce ne sont pas seulement nos érections sur commande qui font de nous des hommes. Comme je le dis à un moment donné, « toutes ces années passées à l’horizontale sont entre nous comme un capital », et le plaisir partagé pendant tant d’années dans un couple longuement uni ne rend pas vital de poursuivre une activité sexuelle au-delà du vieillissement naturel du corps. Vieillir, c’est d’abord se féliciter du chemin parcouru, des souvenirs attendrissants, de tout ce qui a été accompli, et notre programme génétique est forcément limité. Il faut surtout en profiter tant qu’il fonctionne bien. Ce n’est pas à 70 ans qu’on rattrape le temps perdu, dans ce domaine comme dans les autres.
Nous avons donc surtout voulu rire de ceux qui accordent à leur libido une importance dérisoire, ou qui cherchent dans la volonté obsessionnelle de la maintenir une façon bien infantile de fuir la vieillesse et la mort.

A L'Aube Du Prépucecule Paroles

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