Le Nigaud Du Mois (Février 2020 – Prix du Public)

mike-hughes
Un petit regard sur l’Amérique, et sur l’un de ses enfants les plus représentatifs : Mike Hughes, chauffeur de limousine et « platiste », c’est-à-dire persuadé que les gouvernements de la Terre nous dissimulent le fait que la Terre est plate, et non ronde.
De ce côté-ci de l’Atlantique, une telle théorie apparaît d’autant plus farfelue, que le monde plat n’a jamais été que ce que toutes les générations d’humains ont supposé jusqu’à Galilée, et même au-delà. Mais aux Etats-Unis, pays perpétuellement sans passé, sans culture et sans histoire, l’éventualité de la platitude du globe apparaît comme une théorie nouvelle, séduisante et dont sont persuadés toute une armada de zozos plus ou moins décalqués.
Mike Hughes est l’exemple de cette sorte d’Américains extrêmement répandue, des types qu’on ne prendrait pas au premier abord pour des fous, parce qu’ils n’en ont ni l’attitude ni le raisonnement. Des types qui consacrent leur vie et leur fortune à chercher scientifiquement, rationnellement, à prouver la réalité de quelque chose qui n’existe pas, et qui peuvent y consacrer plusieurs décennies de leur existence.
Et pourtant, même aux Etats-Unis, ce n’est pas facile d’être platiste. Ce ne sont pas les documents qui manquent, ni d’indubitables lois mathématiques qui font défaut, pour démontrer la parfaite rotondité du globe. Un platiste doit donc obligatoirement partir de l’idée que tout est faux, tout est truqué, et chercher éventuellement une raison pour laquelle une telle mystification aurait été mise en place dans le monde entier, avec une harmonie quasiment universelle.
Pour Mike Hughes, une seule certitude : pour lui, le sol est plat à perte de vue, il ne voit aucune courbure, donc il y a forcément anguille sous-roche. Il a donc consacré vingt ans de sa vie à apprendre à construire des fusées, en achetant petit à petit le matériel nécessaire pour la construire,tout en multipliant les essais dans sa petite grange au fin fond du Kansas.
C’est là qu’en 2014, il est parvenu à s’envoler une première fois à une centaine de mètres du sol, avant de retomber freiné par un parachute lorsque la fusée est arrivée à bout de carburant. (les images sont incluses dans la vidéo ci-dessous). Il s’en est sorti avec quelques blessures, mais cela n’a en rien diminué sa volonté d’aller coûte que coûte dans la stratosphère afin de vérifier par lui-même que la Terre est bien plate.
En 2018, deux jours après la publication de ce reportage, il a fabriqué une deuxième fusée grâce à laquelle il a pu monter jusqu’à 500 mètres de haut, avant de retomber presque indemne. En 30 septembre 2019, une nouvelle tentative l’amenait encore plus haut, à près d’un kilomètre du sol.
Enfin, en ce 23 février 2020, Mike Hughes s’est décidé à réussir une bonne fois pour toutes, et il a construit une fusée capable de l’emmener à 50 kilomètres de hauteur, soit à la frontière absolue de la stratosphère, ce qui lui permettrait de constater sans ambiguïté que la Terre est plate.
En 47 secondes, il est arrivé au bout de son destin : la fusée est allée très haut, et elle est immédiatement retombée. Malheureusement, ses parachutes sont tombés de la fusée lors du décollage, et Mike Hughes et sa fusée, en retombant, se sont écrasés au sol en bouillie, devant des dizaines de caméras qui ont filmé l’événement du début à la fin.
Comme l’a si justement fait remarquer un commentateur américain sur YouTube au-dessous des images de la catastrophe : « Désormais, il sait que la Terre n’est pas plate, mais lui, maintenant, il l’est. »
Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que cet homme, loin d’être découragé dans sa quête démentielle qui, même si elle avait réussi, eût été plein de désillusions pour lui, était devenu une sorte de mascotte locale, surnommée « Mad Mike », que les journalistes du Kansas s’arrachaient et poussaient continuellement à poursuivre ses recherches. Il n’est pas excessif de dire que le principal carburant de cette fusée, c’est cette fameuse « culture freak » âprement défendue aux USA, et qui prétend qu’il faut croire en ses rêves, et toujours aller au bout de sa détermination, même si c’est au nom d’une idée complètement conne, même si c’est au mépris de sa propre sécurité. Et comme le rapporte ci-dessous l’intéressé, des gens ont écrit à Mike Hughes pour lui dire : « Tu peux être quelqu’un qui change le monde », et il n’en fallait pas plus pour que ce sexagénaire raté, imbécile et apparemment solitaire, mette sa mort en scène comme s’il s’agissait d’une nouvelle Conquête de l’Ouest.
Les réactions sont d’ailleurs partagées : beaucoup de gens dénoncent sa stupidité, mais beaucoup d’autres aussi disent que c’est un homme digne de respect qui est allé au bout de son rêve. Et c’est grâce à cette mentalité, si typique de l’Amérique, que Mike Hughes a passé les vingt dernières années de sa vie à organiser son suicide pour un public niaiseux et goguenard qui lui a offert hilare une reconnaissance véritablement criminelle, « just for the fun of it »

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