Le Nigaud Du Mois (Février 2020 Ex-Aequo)

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Il n’a pas toujours la même couleur de peau, ni la même teinte de poil, mais on reconnaît le visage de la radicalisation à l’universalité totale de son air profondément abruti, confiné dans un orgueil mégalomane nourri de théories absurdes et confondantes, pour lequel même la finalité suicidaire n’a rien de rédhibitoire. Qu’il tue et qu’il meure pour Allah ou pour la race blanche, le radicalisé cherche à détruire un monde qui le dépasse, et ne finit que par se détruire lui-même – nonobstant, hélas de malheureuses victimes collatérales qui n’avaient rien demandé.
Pourtant, quelle aberration, quand on y pense, que de prétendre lutter contre le terrorisme islamique en lui empruntant strictement les mêmes méthodes ? C’est là qu’on voit qu’il n’y a pas uniquement un problème d’idéologie, mais bien plus un problème de raisonnement. Il n’y a même plus d’identité fasciste en tant que telle. Ce triste imbécile est l’archétype parfait de la bombe à retardement de la société contemporaine : quelqu’un qui passe vraisemblablement ses heures à lire des sites et des pages conspirationnistes divers, et qui, drogué à ces explications simplistes et spectaculaires, devient peu à peu totalement fou à force de vouloir relier entre eux ces fragments d’imaginaires délirants, aussi incompatibles entre eux qu’incompatibles avec la réalité. Et lentement, le piège se referme : il faut tôt ou tard passer à l’action pour sortir de cette aliénation mentale sans issue, où on ne fait jamais que tourner en rond comme un lion dans sa cage.
Ne nous y trompons pas, des Tobias qui mêlent, en un brouet idéologique infect, des extrémismes politiques, des extrémismes religieux, des délires extraterrestres et des frustrations sexuelles, il y en a plusieurs dizaines de milliers rien qu’en France, et d’ailleurs j’en connais quelques uns dont je ne désespère pas de voir tôt ou tard les visages à la fois hagards et crispés en une des faits divers.
Si ces gens ne faisaient que se détruire, ce serait le moindre mal. Mais il faut toujours qu’ils aient quelques scrupules à quitter seuls cette vallée de larmes… Les terroristes sont des lâches, par définition, et peut-être est-ce là que se tient le cœur de tous leurs problèmes. Il faut du courage pour vivre en société, pour supporter les autres, pour faire abstraction des désaccords, pour respecter les différences ou même simplement pour accepter que le monde ne nous ressemble pas. Ceux qui tombent dans la haine, dans le conspirationnisme, dans l’activisme, dans le bashing frénétique, ne sont jamais que des mauviettes qui cèdent à leurs pulsions égoïstes, avec d’autant plus de facilité qu’hélas, à notre époque, ils ne risquent pas grand chose. On se sait toujours bien à l’abri derrière un écran, et même lorsqu’on en sort pour donner corps au naufrage de sa raison, il est très facile de tuer des gens qu’on déteste quand on est le seul à être armé. Où est la performance ? Où est le sacrifice ? Où est même le fanatisme politique ? Même en ayant tué en un temps record 10 personnes, 20 personnes, 30 personnes, un imbécile reste un imbécile, un loser reste un loser, une poire qui avale toutes les rumeurs d’Internet reste une poire qui avale toutes les rumeurs d’Internet. On interrompt son destin, et celui d’autres personnes, mais on ne le change pas. La folie meurtrière elle-même ne résout aucune frustration. Qui sait même si la mort y parvient ?
Il n’y a en France, en Allemagne, et sans doute un peu partout dans le monde, pas de problème particulier avec l’Islam, pas de problème particulier avec la République – En Marche ou non – , pas de problème particulier avec les migrants, les femmes, la rotondité de la Terre ou la cause animale. Il n’y a pas de sujet qui fâche, il n’y a que des gens qui ont des problèmes avec la réalité des choses – et particulièrement la réalité de ce qu’ils sont – et qui trouvent quotidiennement sur Internet de quoi créer et alimenter des névroses au sujet de n’importe quel thème obsessionnel, aussi farfelu ou dangereux soit-il.
Tout le monde trouve ça normal, tout le monde juge que la liberté d’expression doit autoriser la diffusion de toutes les sottises, et tout le monde se fait une raison à l’idée que, régulièrement, un lecteur assidu de ces sottises s’en aille faire un carton sur les premières personne qu’il croisera.

N’y a-t-il vraiment rien qu’on puisse faire pour empêcher cela ?

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